Le Québec : les cabanes à sucre

Au Québec, il n’y a que deux saisons : l’hiver et le mois de juillet. Et voici qu’après avoir profité plusieurs fois des lacs, des ruisseaux et des forêts rouges d’une rougeur sang, je sentis le froid, un froid continental, bien différent du froid océanique auquel j’étais habitué. Chaque jour je frissonnais davantage, à petit feu, dans le dos. Puis, un matin de novembre, elle arriva. Elle se déposa délicatement sans bruit et s’installa tellement bien qu’elle ne repartit, je crois, que dans les derniers jours d’avril. Ma verte pelouse était blanche. La première chute de neige est un événement, surtout pour un Breton.

Alors de semaine en semaine, commencèrent « les accumulations ». Le paysage d’une neige toujours fraîche, toujours blanche devint somptueux. Mais le froid légendaire s’intensifia dès la mi-décembre. Le vent froid du Labrador glaçait mon visage et le rendait insensible au toucher. Je fis connaissance de la ville souterraine, la plus grande au monde.

L’hiver québécois est domestiqué, apprivoisé. On peut ainsi tout faire sans pointer dehors son nez de marmotte. C’est comme une ruche immense où des milliers d’alvéoles sont occupées par tout ce qui fait d’une ville : une ville.

L’équinoxe de printemps venait de passer, les cabanes à sucre ouvraient ! Un beau matin de soleil souverain, je partis vers les forêts où les érables généreux sacrifient leur sang, comme le faisaient autrefois les pins des Landes. J’arrivai sur les lieux où un petit groupe de gens attendait patiemment les pieds dans la neige. Pendant ce temps-là, sur le feu, la sève brunie, épaisse, bouillait. Dans une auge, le « sucrier » avait déposé de la neige compactée. J’étais loin de savoir l’usage qu’on en ferait. Mais voilà que soudain il amena le chaudron puis, lentement, versa sur la neige le sirop, « la tire », qui aussitôt durcit à son contact. Je m’approchai et avec une spatule en bois, « la palette », je récoltai une sorte de sucette froide, dure au goût léger de caramel.

Vint ensuite le repas dans la cabane : soupe aux pois, fèves au lard, omelette cuite dans le sirop d’érable et bien sûr des crêpes arrosées. Sur une estrade, un orchestre animait cette « partie de sucre » avec des airs folkloriques. Dans la soirée, certains grisés par l’alcool ou la chaude ambiance se mirent à danser. Cette tradition est chère au cœur des Québécois.

Retour en haut