Le nord des highlands écossais

C’est avec une joie que je ne saurais vous cacher que je m’engageai au volant de ma Vauxall noire sur le chemin du Nord. Très vite la route se rétrécit. Des aires de croisement sont installées tous les deux kilomètres : il suffit de prévoir, d’anticiper. L’aventure commence.

Quelques animaux broutent la lande, quelques fermes sont éparpillées, quelques collines barrent l’horizon.

J’arrivai en fin d’après-midi sur la côte nord. Des rayons de lumière, plus acérés que des épées, balayaient le flanc des collines. Le vent griffait les vagues grises, un fin brouillard d’embruns enveloppait la plage. Ce soir-là je partis pour un cap, soi-disant le plus au nord et le plus isolé. La route sillonnait la lande couverte de genêts en fleurs. Des ponts en pierre, utiles pour les bergers, franchissaient çà et là des ruisseaux clairs et glacés.

Tout ici n’était que sauvagerie incroyable, définitive, bouleversante.

Et j’étais là, assis sur un rocher tandis que des oiseaux dansaient dans le lit du vent. Combien de fois dans ma Bretagne natale j’ai vécu de tels moments ! Mais chaque lieu est unique dans ce qu’il est porteur de messages différents.

Je repartis vers le Sud en longeant la côte ouest. Alors, comment vous dire les bras de mer et de terre enchevêtrés, les lochs et les montagnes avec des mots lorsqu’on a décidé d’en partager la démesure sans apporter l’image ?

Quand bien même je pourrais le faire, rien ne peut remplacer la vue où notre regard la porte, le panoramique qu’un mouvement de tête lent et continu impressionne en nous. Car c’est bien de cela qu’il s’agit en Écosse : on se tourne et on se retourne, à défaut de pouvoir comme les caméléons tout regarder en même temps.

Les villages sont rares, pourtant des maisons peintes en blanc sont disséminées sur les collines verdoyantes. D’autres maisons, pignons face au vent d’ouest porteurs de ces bourrasques qui courbent les arbres maigres, sont coincées entre l’océan et la falaise herbacée.

Ce pays c’est le silence, on y redécouvre le chant du vent, la mélodie d’un oiseau, la fuite d’une bête dans les herbes courtes.

Je pris au hasard des routes sauvages qui, tracées en pointillé sur la carte, gravissent des collines, redescendent à pic par des virages à lacets, épousent des lacs de montagnes et des bras de mer inattendus.

Parfois les montagnes s’enveloppaient de grands nuages à la dérive comme pour me faire douter où finissait le monde et où commençait le ciel. La végétation est rase, faite de lichens et de mousses, mais des massifs de genêts ou de fleurs mauves apportent un flamboiement de couleurs fort agréable.

Des habitants aménagent leur salon ou leur jardin en salons de thé improvisés. Quelle aubaine et quelle ambiance conviviale de pouvoir comme en famille déguster a cup of tea avec les gâteaux maisons ! d’autant que les Écossais aiment beaucoup les Français.

Les Écossais sont accueillants. Ils ont la réputation d’être vrais en toutes choses..

 Le soleil est revenu et la route côtière est d’une splendeur à vous faire oublier la philosophie ! De l’autre côté de la mer, c’est l’île de Skye.

La première semaine s’achevait. Le temps avait été changeant, mais sans pluie continue.


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