Le nom du village de Ambatoloaka signifie la roche trouée. Les femmes dignes qui désirent des enfants viennent invoquer les esprits des ancêtres au pied du rocher tandis que les filles indignes qui désirent des euros viennent invoquer les esprits fragiles des mâles en se mettant à leurs pieds.
C’est un cul-de-sac, la seule rue bute sur la colline. Sa plage lagunaire est longue et bordée de quelques hôtels qui se fondent dans le paysage. Les marées viennent y mourir à pas lent et les sables construisent avec la mer un monde incertain où des herbes aquatiques masquent plus ou moins les rochers où glissent nos pieds nus.
La beauté vive d’un après-midi m’incita ce jour-là à prendre un peu de hauteur pour voir le feu du couchant sur l’île.
D’ambatoloaka, la route du Nord traverse quelques villages côtiers avant de bifurquer vers l’intérieur des terres. Et quand je parle de route, c’est un doux euphémisme. Entre les trous bouchés par des cailloux grâce aux habitants, les bosses et arrachements de bitume, le mot piste serait de meilleur aloi. Ce n’est pas grave, cela permet de prendre son temps et d’admirer un paysage incomparable.
Bientôt des fragrances suaves, pénétrantes, parvinrent jusqu’à moi dans mon coupé cabriolet que j’avais ouvert sur le ciel. Un bonheur d’ylang-ylang infusait dans la plantation qui bordait la route. La saison de la récolte devait être proche.
La route monte pour atteindre le mont Passot, point culminant à 300m d’altitude. Des femmes étaient là pour vendre des colliers et de fausses perles. Je m’avançai vers elles.
– Mbola Tsara. (Bonjour)
– Mbola Tsara me répondit la plus proche, ino vaovao ? (Quoi de neuf ?)
– Tsisy maresaka (rien de spécial) mafana. (Il fait chaud)
Elles se mirent à rire. C’est tellement rare un blanc qui parle malgache ! Leurs visages étaient peints dans la tradition de leur ethnie Sakalava. Des morceaux de masonjoany (arbre de santal) sont réduits en poudre et trempés dans l’eau. Les femmes obtiennent ainsi une pâte qu’elles appliquent sur le visage. Ensuite, coquettes, elles dessinent des pétales de fleurs, des marguerites par exemple ou d’autres motifs.

