Dakar, au pays des baobabs

Je fus invité à Dakar au Sénégal en 1996. Capitale d’ébène, la ville construite sur un plateau dominant la mer est la porte océane de l’Afrique Noire. Les marchés sont des symphonies de couleurs et de parfums, des opéras où les voix des femmes s’envolent en notes de sopranos. L’ambiance est musicale. Des joueurs improvisés jouent du djembé et du gongoba. La fête est dans la rue. La bonne humeur règne partout. Les marchés africains sont inévitables tant la profusion des fruits, légumes locaux et épices posés sur des nattes envahissant le sol ou des viandes et poissons dispersés à l’air libre sur des étalages de fortune nous surprend.

Des senteurs, toujours de nouvelles senteurs. Je traîne, j’ai envie de traîner comme un chien à l’affût, mais entraîné par la foule bigarrée, je trottine vers d’autres chemins de traverse. J’entends des gens qui rient ou parlent fort. Des Wolofs. Ils vivent. Je vis.

La visite à l’hôpital où les malades, en attendant d’être reçus, installent dans la cour leurs grillades aux odeurs mêlées de safran et de poivre vert, comme on le ferait à l’ombre d’un frangipanier ou d’un goyavier, fut d’anthologie. Je vis quelques malades sans avoir le moyen de les soigner.

Je profitais de mon passage pour aller visiter l’île de Gorée, douloureux souvenir du commerce du « bois d’ébène », où le temps semble s’être arrêté. J’ai pu musarder quelques heures dans les ruelles devenues pacifiques, bordées de maisons ocre où déambulent impassiblement des élégantes offrant aux promeneurs leur pagne ou leur boubou comme dans un défilé de mode. Les baobabs poussent entre les canons rouillés et à deux pas, dans la Maison des Esclaves,

un escalier en fer à cheval encadre le sombre et terrible couloir des geôles. Mais l’atmosphère joyeuse et nonchalante règne aujourd’hui sous un ciel d’un bleu dégagé de tout soupçon. Ce fut une belle parenthèse dans ce séminaire.

C’est de Gorée que la vue sur Dakar est éblouissante. On y contemple la ville blanche dont les immeubles du front de mer donnent l’impression d’une cité debout, dressée sur la falaise le regard porté sur l’océan en contrebas. L’envie me prit de repartir sur la corniche pour le coucher de soleil ensanglanté.

Un soir nous allâmes dîner chez une collègue. Au menu le tiep : un ragoût de poisson (le mérou) avec des légumes (poivron, tomates…) et le riz. Je n’eus pas l’occasion de visiter par ailleurs le pays. Restent les restaurants sénégalais de l’hexagone. 

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