Le bateau glissait à peine sur les eaux opaques quand, au détour d’un virage, on aperçut la grotte de Pak-Ou. On accosta doucement près d’un ponton sommaire. Accessible par une volée de marches irrégulières, elle est éclairée par la lumière du jour. Des centaines de Bouddhas de style et de taille différents, mais debout y sont déposés. Des bâtonnets d’encens se consumaient. Un groupe de femmes priaient à genou sans faire attention à notre présence pourtant bruyante.
Ban Xang Hai est un village de potiers très riche en produits artisanaux. Des maisons sur pilotis s’alignent en bordant un chemin en terre battue. Des poules et des canards battaient le sol en poussières. Des enfants couraient comme un jeune chat après une pelote de fil. Les mots étouffés des femmes semblaient tomber en miettes sur le sol. Mais sur les tables improvisées étaient dressés de beaux objets et les nappes brodées flottaient dans le vent tiède au parfum d’orchidée.
Le soir même, nous arrivâmes à Luang Prabang, la capitale historique et sentimentale du pays, mais aussi la belle endormie. Bâtie sur une presqu’île dominant les eaux, la ville mêle profane et sacré dans son florilège de temples et ses quartiers pleins de vie. Au charme désuet des rues sans voiture de Luang Prabang, point d’orgue des rives du fleuve, répond la spiritualité pudique des temples dont les toits pointus à plusieurs pans semblent toucher le sol, comme sur le point de prendre leur envol.
Posée tel un balcon sur le fleuve nourricier, la cité attend la caresse magique du soleil couchant. Et moi, visiteur impénitent, j’étais posé sur une rive escarpée, patient dans l’attente.
Alors le soleil se posa sur les eaux tranquilles qui mouillaient quelques bancs de sable où des femmes séchaient leur linge.

