Alors le tramway jaune cassé s’ébranla et grimpa vigoureusement dans la rue pentue du quartier de l’Alfama. Je dus me cramponner dans les virages à épingle à cheveux que la voiture attaquait pour se faufiler hardiment dans les rues tortueuses. Grincements de freins, cliquetis bizarres, la machine brinquebalante d’un autre âge glissait le long des façades décorées de mosaïques et mille échappées s’ouvraient sur le fleuve en contrebas, sur les toits ou sur des cours intérieures.
Ce jour-là, un vent d’Ouest porteur de ces rythmes venus de loin balançait aux façades des immeubles, tels des fantômes domestiques, des draps blancs et des serviettes de toute couleur. Et face au port, des femmes manœuvraient leurs voiles trempées de soleil comme des marins habiles tirant sur leurs cordages. Sans fausse pudeur, on sèche son linge propre en famille comme d’autres y lavent leur linge sale. Telles des vigies, les fenêtres sont à la fois les yeux et les oreilles du quartier. Bruyantes et gaies, elles semblaient devenir subitement silencieuses à l’approche de mes pas curieux.

Accrochée ainsi à ses collines où dominent les toits de tuiles orangées, comme un grand champ parsemé de soleil, la ville semble un immense labyrinthe traversé de tramways et de funiculaires. Celui da bica me fit redescendre vers le Tage dans un impossible travelling à crémaillère de ruelles étroites vers la place du commerce. Des discussions animées chantaient le quartier où dansaient avec bonheur des senteurs de poissons grillés. C’est alors que je fus interpellé par un cireur de chaussures qui avec le vendeur de marrons et le marchand de journaux fait partie de ces petits métiers de rue que Lisbonne a conservés.
Mes inévitables : les vieux quartiers en tramways ; la tour de Belém ; le monastère des Hiéronymites ; le belvédère du château ; la dégustation de morue.
